«A chaque album, c'est une page de ma vie que je tourne.» Avec «Mon pays c'est la terre», Hélène Segara se souvient de ses tout débuts. Elle avait 15 ans et chantait des reprises dans les bars, en sept langues. Elle revient aujourd'hui à ses premières amours, adaptant en français une quinzaine de chansons du patrimoine mondial comme «Asimbonanga» (Afrique), «Yerushalayim Shel Zahav» (Israël), «Sodade» (Cap-Vert) ou «Podmoskovnie Vetchera» (Russie). Avec une idée forte en fil rouge: «Montrer l'unité du genre humain, dire qu'aujourd'hui on ne peut plus ne pas se sentir concerné par ce qui nous entoure.»
La musique est votre sésame?
Exactement, je suis partout chez moi, où que je chante. La musique est une clé qui ouvre toutes les portes, et ça c'est un vrai cadeau que mon métier m'a donné. Une phrase que j'aime beaucoup dit: le voyageur, c'est celui qui visite les lieux et le pèlerin est celui qui est traversé par eux. Moi, je me sens pèlerine, les choses me traversent, elles me laissent des marques indélébiles.
Dans l'adaptation de «Sodade» vous demandez «Qu'est-ce qu'on va faire avec ce monde»; que répondez-vous?
J'ai des sentiments mêlés: la joie, la beauté de ce qui nous entoure et le désespoir de ce qu'on en fait, parce que l'homme est un prédateur pour lui-même. Des fois, je doute qu'on arrive à changer les choses, d'autres fois, je me dis qu'on peut le faire, si on se réveille à temps. Il faut garder la foi, sinon tout est fini... Une chose est sûre, je ne crois pas à un homme tout seul qui se bat contre des moulins à vent; il n'y a que le nombre qui peut faire changer les choses.
Quel sens a le mot «carrière» pour vous?
Je ne suis pas carriériste, je suis à fleur de peau. Je ne sais pas mentir, ce qui ne plaît pas à tout le monde. Je suis aussi mère de famille et parfois je ne sais pas comment gérer l'un et l'autre... Je suis assez transparente, il n'y a pas deux personnages en moi, celle que je suis à la maison est à peu près la même que celle que je montre. A la naissance de mes enfants, je me suis demandé si j'avais vraiment envie de continuer, parce que c'est le plus beau métier du monde quand on a la création, l'échange avec le public, et à la fois, quand on aime être dans l'ombre, c'est un des métiers les plus exposés qui existent.
Comme si vous n'étiez pas vraiment faite pour ce métier?
Quand ç'a été le succès avec «Notre-Dame», je me perdais, ça me faisait peur, ça allait trop vite. Je n'ai pas pu le savourer... C'est un beau métier mais il a aussi un côté superficiel, avec une espèce de compétition, d'hypocrisie, ça m'abîme beaucoup, donc je me sens un peu atypique par moments. J'aime les gens, je suis très ouverte, mais il y a des réactions qui me blessent profondément, donc souvent je me dis que je suis bien chez moi!
Je n'ai pas fait ce métier pour la gloire, sincèrement, je suis aussi bien devant 10 personnes que devant 10 000, mais je ne sais pas ce qui va se passer. Tant que je pourrai faire des choses qui me ressemblent, qui sont sincères, ça va. Si un jour on m'impose des choses qui doivent être commerciales, je crois que ça m'enlèvera toute envie, toute spontanéité.



